Une transition professionnelle vient à l’issue d’une rupture de contrat : contrat de travail écrit et signé par les parties prenantes, ainsi que contrat moral passé entre ces mêmes personnes. Le fait est que le contrat devient caduque, qu’un lien se rompt.
La transition professionnelle sous-entend un souhait d’aller vers un ailleurs, une direction, une tension vers quelque chose.
Elle sous-entend également qu’on se déleste de quelques chose et qu’on souhaite acquérir ou retrouver des choses qui nous manquent.
Quand on parle de transition professionnelle, on parle donc d’une sortie – sortie d’une entreprise, d’une institution, ou sortie d’un métier – puis d’un passage – la transition – qui mène vers une entrée vers quelque chose de nouveau.
La transition est donc un moment important au sens stratégique pour la vie professionnelle et pour la vie personnelle des personnes.
Une rupture
La rupture peut venir à l’issue d’une situation imposée par l’extérieur. Par exemple, un licenciement. Ou bien encore à l’issue d’une réorganisation dans l’entreprise qui modifie les prérogatives et les aires de responsabilité de la personne. Ces changementsobligent la personne à s’adapter ou à évoluer en termes de savoir-faire et savoir-être. Il s’agit d’une violence symbolique car les personnes n’ont pas de choix. Le rapport de forces ne leur est pas favorable puisque si elles ne s’adaptent pas, elles ne pourront plus continuer à travailler dans leur entreprise.
La rupture ce n’est pas le changement en tant que tel, c’est ce qui vient en conséquence du changement. C’est ce qui est vécu par la personne : déception, frustration, peur, révolte contre quelque chose qui ne serait pas juste, … La personne peut vivre les changements structurels de son entreprise et de son poste de travail comme une véritable trahison au regard du contrat qu’elle a signé avec son entreprise et au regard de la relation qu’elle a noué avec ses collègues et supérieurs hiérarchiques. Le changement imposé par l’institution provoque des sentiments chez la personne. Mais ce n’est pas encore à ce stade qu’intervient la rupture.
La rupture vient au moment où les sentiments de la personne, sont confrontés à ses valeurs personnelles (justice, liberté, autonomie, responsabilité, créativité par exemple). La rupture est à ce moment précis un mouvement interne à la personne qui révise sa situation de travail au regard de ses valeurs. C’est à l’issue de cette dissonance cognitivequ’il y a rupture.
Qu’il y ait ou pas un événement imposé par l’entreprise, comme une réorganisation, la rupture estce mouvement intérieur de la personne dont les valeurs ne sont plus actualisées dans le travail et qui de surcroît entrent en contradiction avec ce qu’elle vit au travail. En témoignent les attitudes de repli derrière la routine ou derrière les directives de supérieurs hiérarchiques. Quand le travail est désinvesti par la personne, quand il devient mécanique, pire, quand il n’est que le résultat de l’envie d’avoir la paix avec son chef, on peut constater que la personne est en rupture avec son travail. Pour autant, il n’y a pas forcément transition professionnelle car certains préfèrent encore la routine que de passer le pas du changement de poste ou de structure professionnelle. On parlera dans ce cas de présentéisme et on observera alors des phénomènes de « bore-out » (ennui au travail).
Un passage et une direction
Car la transition est ce passage qui met la personne dans un état de déséquilibre. C’est un moment difficile à vivre au cours duquel elle se pose de multiples questions parfois contradictoires surtout lorsqu’en apparence le travail répond à des critères objectifs rappelés par l’entourage : « tu as tout pour être heureux-se, une bonne entreprise, reconnue et solide, un contrat de travail qui te protège et te donne des droits, une bonne rémunération, des avantages, l’environnement est connu alors pourquoi le remettre en question au risque de retrouver le même type de problèmes ailleurs» ?
La personne est face à un choix : s’adapter ou ne pas s’adapter.
En effet, à l’issue d’une rupture – changement de prérogatives ou de politique (commerciale, managériale ou autre) de l’entreprise – la seule possibilité pour le collaborateur est l’adaptation. Et lorsque l’adaptation devient une sur-adaptation, il y a risque psycho-social.
Malheureusement, la multiplication des occasions d’adaptation mène de nombreuses personnes aux pathologies du stress intense au travail (burn out) ou à l’ennui (bore out). Il y a souffrance au travail quand ce qui constitue l’identité d’une personne et ses compétences ne sont plus reconnues et ne sont plus exploitées, quand il y a dépersonnalisation du travail.
Aujourd’hui, « personne n’est irremplaçable ». Le travail est souvent piloté par les process et se réduit à des étapes et des missions. On peut constater les conséquences néfastes de l’aplatissement de la hiérarchie, de la centralisation des décisions versus la part d’autonomie et d’initiative laissée autrefois aux personnes qualifiées. On peut également constater le compartimentage des actions au profit d’une dépersonnalisation, de l’éloignement des personnes et de la prise de décision. Il se produit des phénomènes de désinvestissement dans le travail. Le zèle des collaborateurs, pourtant essentiel dans la réalisation d’un travail qualitatif, est en recul dès lors que le management motivé par l’application des processus d’un travail prescritau détriment de la mise en œuvre de l’intelligence individuelle est à l’oeuvre.
Il y a donc transition lorsque la personne fait ce mouvement de l’objectivité vers sa subjectivité. Lorsqu’elle décide d’arrêter de s’adapter aux aléas de son environnement, lorsqu’elle sort d’un jugement avec des critères extérieurs pour écouter ses motivations profondes, ce qui a du sens pour elle. Cela peut être une question de croissance personnelle ou bien, carrément le refus de s’éteindre, une question de survie.
La transition professionnelle est en fait un passage coincé entre un avant et un après, entre un ici-et-maintenant et un ailleurs-après. Elle s‘inscrit dans le temps et dans l’espace. Après s’être inscrite en contre – la rupture – elle est mise en mouvement par le désir, l’envie, voire, le rêve. Une transition est dynamique et créative pour l’actualisation de ce qui motive la personne, ce qui compte pour elle. C’est l’expression d’un changementqui doit résoudre l’équation entre l’avoir et l’être, un savant dosage dans la satisfaction de critères de satisfaction (avoir) et l’affirmation de critères d’existence (être).